Un facebook comme support d’un système de responsabilité pour l’armée

Vous vous rappelez de la vidéo de wikileaks qui montrait des soldats américains en train de tuer des civils qui marchaient dans la rue?

Cette vidéo avait déclenché une petite conversation avec quelques amis sur twitter autour du thème de la responsabilité et les systèmes d’armes. En gros @alaa disait que les talibans avec leurs Kalashnikov avaient un plus grand sens moral que ces jeunes cons que sont les soldats américains (se référant aux voix des soldats et à la manière avec laquelle ils s’amusaient visiblement a tuer des gens). @jiliancyork disait que la guerre avec les systèmes d’arme modernes ressemble a un jeu video et que ces jeunes soldats ne se rendaient même pas compte de la gravité de leurs actes. J’étais d’accord avec @alaa, avec une Kalachinkov comme outil de meurtre on devient forcément plus moral. Où alors on meurs très vite. Quand tous tes sens sont confrontés à la présence de la victime, même pendant quelques secondes, c’est autrement plus impliquant que des images en noir et blanc sur un petit ecran. Il est notoire qu’un outil te change l’homme.

Mais contrairement à @alaa, je maintenais qu’il est possible de concevoir les systèmes d’armes modernes de façon à garder la responsabilité proche du tueur. Et qu‘il est possible de concevoir la procédure de sélection de soldats de façon à la lier à leurs degré de responsabilité et à leurs aptitudes décisionnelles. Ce qui aura pour effet de diminuer ce genre de meurtres. Il n’est pas obligé que le système soit basé sur la mort au combat des soldats les moins aptes, le cas des Talibans. Un soldat pourrait tout simplement être responsable, juridiquement, de ses meurtres. Je rappelle que les soldat américains en question n’ont pas été inquiétés et que leurs responsabilité n’a nullement été engagée. Et que ceci est du directement au système d’endoctrinement de l’armée conventionnelle qui est spécifiquement basé sur la déresponsabilisation des recrues et sur la dilution de la prise de décision. Ce qui n’est pas le cas dans la guerrilla talibane.

Voyons si on peut concevoir un système décisionnel qui distribue correctement la responsabilité pour les armées.

La responsabilité est basée sur l’engagement. Ça consiste en une déclaration Publique sur une Action future. Une promesse publique. C’est une sorte de prêt sur l’Autorité : l’engagement donne un surplus immédiat d’autorité, mais la réalisation de l’action liée à l’engagement donne encore plus d’autorité. L’autorité reflète la valeur d’un homme dans la société. C’est une valeur directement liée au degré de confiance accordée à cet homme dans une société. Pour un soldat, comme pour tout homme, avoir très peu d’autorité dans sa société (l’armée) devrait constituer un motif d’éviction.

Dans une société ou la Confiance est basée sur les historiques publics (ex. Internet) cela ressemblerait a une timeline ou au 15 décembre 2009 vous dites "j’arrête de fumer le 1er janvier 2010" et au 1er janvier 2010 vous dites "J’ai arrêté de fumer". C’est vôtre engagement le 15 décembre qui constitue vôtre responsabilité. Ne pas réaliser vôtre engagement vous coûterait une pénalité d’autorité vis a vis de vos proches.

Un tel dispositif est peux être nécessaire pour l’armée vu le nombre de soldats. Mais cela dépend de la structure des unités et de la fluidité de la circulation de l’information entre les différents acteurs entrant dans la prise de décision. Des petites unités autonomes avec une structure en openspace, informelle, à la Talibane permettrais de faire à moins de ce dispositif informatique.

Mais le défaut central dans la procédure de l’armée est clair : celui qui appuie sur la gachette n’est pas le seul a prendre la décision de tuer. Il demande a ses supérieurs. C’est cette distance délibérément introduite entre le soldat et la responsabilité qui est à l’origine du problème. Ce problème doit être résolu procéduralement avec deux dispositions : un engagement du soldat a ne pas tuer de civils et l’exclusion de toute implication autre que celle du soldat dans le meurtre.

Pour rapprocher encore plus le soldat de sa responsabilité, un surplus d’information n’est pas du luxe. Les technologies sensorielles sont d’ores et déjà disponibles et non encore suffisamment utilisées à l’armée.

Pour l’armée il faudrait donc :

  • Un engagement formel de la part des soldats de ne pas tuer des civils (un contrat d’engagement)
  • Une infrastructure de confiance basée sur les historiques publics. En d’autres termes un Facebook pour l’armée.
  • Un autonomie complète sur le meurtre. Le soldat ne demande jamais l’autorisation de tuer et le commandement ne donne jamais l’ordre de tuer. C’est taboo. Un peu comme la police.
  • Un armement plus performant : vision 3D, micro directionnel avec écoute surround.

La mauvaise décision a toujours comme origine un manque d’information. Dans les systèmes d’information que nous construisons, quand un utilisateur se trompe, le client nous demande systématiquement de restreindre sa liberté d’action, ce qu’on fait souvent c’est lui donner plus d’information et comme par miracle il ne se trompe plus.

@alaa a fini par dire que les américains n’en avaient rien a foutre de tuer les civils, ce qui les intéresse c’est de vendre des armes. Ce à quoi j’ai rétorqué que effectivement tuer des civils ne les intéresse absolument pas, ce qui les intéresse c’est de vendre les armes le plus cher possible à leurs contribuables. Et par conséquent un système d’arme qui permet de tuer moins de civils et qui coûte très cher devrait allécher leurs fabricants d’armement. Il y a donc un espoir.

D’ailleurs au cas ou quelqu’un du DOD est à l’écoute, j’offre nos services de consultants en systèmes d’information web. Notre facture sera à la hauteur de vos ambitions.

Sinon, donnez a Wikileaks

About these ads

6 comments so far

  1. Fabio on

    What about asking no war anymore, rather than more "sensible" weaponry? I know, seems like utopy, but then again, if you thought your country freedom’s were utopy you’d not be here telling us your stories right now.

    Congrats for being free again and for your role in the new government.

    Salut de l’Italie.

  2. josh strike on

    This gives rise to an incredibly fascinating question:

    Power is assumed to be a zero-sum game. Responsibility in militaries is derived from zero-sum power holding a position against other power. But, with the dilution of power, or as you put it the "temporary loan" of "surplus" power from one authority to another, what’s really happening?

    Is power inflationary? In a mercantilist view, there is a limited amount; in a wise and philosophical view, any expansion of power now beyond its limits may simply be borrowed against the future. In that view, the expansion of subordinates’ power must either be borrowed against future power, or must be diluted from the power of the authority.

    This could be graphed.

    There are three extreme outcomes, yet all of them suggest that some "borrowing" is taking place:
    1. When power is loaned and spread out to subordinates, that power should never be more than the subordinate’s share in proportion to total power (we know this to be false, because one crazy policeman can use the full power of the government).
    2. The power of subordinates is equal to the power of the authority, meaning that the authority’s power is increased and multiplied. This would imply that power is not a zero-sum game. (We know this to be false, because one crazy policeman is not the government).
    3. The power of the authority is weakened to the extent that the power of the subordinates is strengthened. (This is also false, because one policeman being crazy doesn’t destroy a government).

    Since no one of these three possibilities can be completely correct, the truth must be somewhere in between. The baseline questions are whether the laws are written clearly or not; whether people want to obey them; whether an authority and the power dissolved has any meaning among citizens. These are input X. Input Y is the charisma of the leadership. The question is by what division can the implicit morality and logic in X survive Y and be sustained to Z, the replication of power by social contract, and only by the will of the people.

    It may be the most interesting question I’ve ever heard.

  3. Blogueur Influent on

    Pour les marchands de canons, montrer que les armes peuvent tuer reste une démo commerciale sur laquelle il est sans doute difficile de faire l’impasse. De plus, sans conflit, les budgets baissent rapidement. Ce qui les arrange, ce sont les guerres larvées interminables : la menace est toujours là, il y a des morts, mais rien qui suffise à dégoûter les gens de la guerre.
    Sur l’abstraction "jeu vidéo" de la guerre, lire la fin de l’article Sur le film le dernier Starfighter

  4. [...] Tunisia’s revolution, Mr. Amamou was a strong supporter of WikiLeaks. In July 2010, he wrote a post on his blog about the organization which ended with a call for readers to support WikiLeaks. On Dec. 17, the [...]

  5. [...] or Tunisia’s revolution, Mr. Amamou was a strong supporter of WikiLeaks. In July 2010, he wrote a post on his blog about the organization which ended with a call for readers to support WikiLeaks. On Dec. 17, the [...]

  6. [...] or Tunisia’s revolution, Mr. Amamou was a strong supporter of WikiLeaks. In July 2010, he wrote a post on his blog about the organization that ended with a call for readers to support WikiLeaks. On Dec. 17, the [...]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 71 autres abonnés

%d bloggers like this: